mercredi 2 avril 2008

Encadrement de la braderie






S'il y a encore une chose pour laquelle il faudrait activement militer aujourd'hui, c'est bien la création de zones de hurlements.


Ce qui est fabuleux, c'est cette capacité à organiser le néant, à le quadriller méthodiquement, à essayer d'établir des listes du rien. Dans le vide absolu, c'est-à-dire dans le laps de temps traditionnellement travaillé par tous ceux qui ont la "chance" de pouvoir pointer tous les matins (et tous les soirs), développer ce talent propre au loser tendance easy culpabilisation/autoflagellation à circonscrire le rien pour avoir toutefois la sensation d' "avoir fait quelque chose".

"Le bonheur ne dépend que de soi". En gros, la vie est merdique, contingente de la grenouillère aux housses capitonnées, mais ce qui dépend de nous, c'est, dans la plus pure tradition stoïcienne, les "affects" que nous pouvons apposer à ces diverses (non) situations. Les deux jambes sectionnées, il hésita longuement entre une inscription aux jeux paralympiques dans la catégorie "saut à la perche en fauteuil" ou s'empaler sur son déambulateur en acier dépoli. Eh, Maurice, tu n'es pas "handicapé", tu es "handicapable" au bonheur. Théories fumeuses mais qui permettent à à peu près tout le monde de ne pas se remplir pour Noël une hotte de barbituriques.

Le libre-arbitre étant aussi effectif que la joie dans la bourgade de Treblinka en période hivernale, on peut facilement comprendre que le petit jeu de la liberté que nous jouons en permanence à nous-mêmes est complètement vain. Non pas qu'il faille obéir, mais simplement reconnaître qu'en dernier ressort, le pouvoir de décision que nous croyons détenir est aussi creux que la coquille d'une larve en mode régression active. La surlarve Parisot (Laurence) élue à la suite du Baron de mes deux par un conclave où l'échange de bons procédés prévaut entre exploiteurs de choix, avait un jour déclaré que, finalement, la précarité dans le "monde du travail" n'était que la suite logique, ou le simple décalque, de la précarité globale qui pouvait exister pour à peu près 98% des gueux (1). Votre vie est misérable, incluant dans le désordre les "activités" intellectuelles et affectives, ne vous étonnez pas mes braves du continuum que nous nous efforçons de maintenir, entre votre (non) vie personnelle et celle beaucoup plus lucrative (pour nous) qui s'appelle le travail.

Le travail n'est plus alors qu'un épiphénomène d'une merde globalisée. Grâce à Parisot et consorts, au moins aurez-vous le privilège exquis de ne pas être étonnés. Après vous être vendus dans les règles de l'art auprès d'un énième sous-fifre des "RH", on parlera sur un fauteuil Habitat des ruptures et autres incongruités qui jalonnent votre parcours. "Qu'attendez-vous de cet emploi?" "Des thunes pour investir dans les pierres".



Hors de la coquille, les conpromis.






(1) « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? », Laurence Parisot, Le Figaro, 30 août 2005.

2 commentaires:

Sénèque dixit a dit…

"Voilà ce à quoi ne renoncent qu'à contre-coeur : ils aiment le salaire de leurs misères, qu'elles-mêmes ils maudissent. Fouille le coeur de ces gens qui gémissent du sort qu'ils ont désiré, qui parlent de fuir ce dont ils ne peuvent se passer : tu constateras qu'ils s'attardent très volontiers dans une situation qui, à les entendre parler, est pour eux gêne et tourment.

(...)

Oui, la servitude ne retient que peu d'hommes, il en est plus qui retiennent la servitude. Si tu es décidé à rompre l'entrave, en sincère partisan de la liberté, comment n'aurais-tu pas l'approbation de toute la troupe stoïque ?

(...)

Détruis et écrase les splendeurs du dehors, les promesses de celui-ci, les profits à tirer de celui-là ; tourne ton regard vers le bien véritable ; sois heureux de ton propre fonds."




comme quoi, la servitude volontaire et la libération par la conscience et la révolte, hein, des stoïciens au pote à Montaigne...

Antimollusques a dit…

Et pourtant...il aurait fallu lire mes goûts musicaux qui incluent aussi le pipeau.